Travailler la musique tous les jours : comment organiser sa pratique instrumentale ?

Travailler la musique tous les jours : comment organiser sa pratique instrumentale ?
Temps de lecture estimé : 10 mn

En musique, comme dans beaucoup de disciplines, il n’y a pas de secret ou méthode magique. Pour progresser avec son instrument (ou en improvisation, par exemple), le travail régulier est indispensable. La plupart des musiciens reconnus, qu’ils viennent du jazz ou du classique, continuent d’ailleurs à pratiquer tous les jours : exercices techniques, acquisition de nouveaux éléments de langage, apprentissage de nouveaux morceaux, etc..

C’est d’ailleurs un point que bon nombre de musiciens ont compris, et souhaitent mettre en oeuvre. Seulement, une fois dans la pièce de travail, il n’est pas rare de perdre énormément de temps. On commence par jouer quelques morceaux qu’on connait bien pour se délier les doigts, puis finalement on improvise quelques grilles avec les mêmes plans qu’on joue depuis des mois. Le téléphone vibre, on prend 5mn pour répondre au mail qu’on vient de recevoir. On en profite pour faire un petit tour sur Facebook. On tombe sur un article sur les arpèges diminués, qu’il faut à tout prix qu’on intègre à son jeu. Suite à cet article, on regarde une vidéo sur le même sujet pour voir un autre point de vue. On décide de bosser la chose tout de suite, on s’y met sur l’instrument. On s’essaie sur quelques tonalités, le téléphone vibre à nouveau…

… Et ainsi de suite, pour finalement passer 4h avec l’instrument et ne pratiquer peut-être qu’une heure ? Et encore, cette heure était elle vraiment efficace ? Le lendemain matin, que reste t’il ? Et surtout, comment va t’on s’assurer de ne pas tomber à nouveau dans les mêmes pièges ?

Ce genre de journées, je les ai vécu ; et je les vis encore d’ailleurs, même après une certaine prise de conscience. Il est tellement facile de retomber dans le piège de l’inefficacité, tellement facile de se faire entraîner par toutes les distractions possibles ! Alors si vous vous reconnaissez également dans cette description, je vais essayer dans cet article de vous donner quelques pistes afin d’organiser votre pratique quotidienne de la musique. Si vous appliquez tous ces conseils, vous devriez clairement optimiser votre temps, et sentir de réels progrès dans votre progression instrumentale. Sans compter la satisfaction de se sentir efficace en fin de journée !

N’hésitez pas à me donner en commentaires vos propres habitudes de travail, celles qui vous ont rendu efficaces et vous motivent encore tous les matins pour travailler votre musique !

Préférez ne pas travailler, que de mal travailler

On nous répète sans cesse que le travail est la clé pour progresser en musique, ce qui est vrai. Tous les grands musiciens de jazz ont travaillé énormément pour en arriver à de tels niveaux. John Coltrane lui-même était un travailleur acharné, continuant à faire des exercices pendant les entractes de ses concerts !

Il est alors très courant de se fixer des objectifs en terme de temps de travail, et non plus en terme de contenu travaillé. On se dit qu’en travaillant l’instrument 4h par jour, on va forcément faire des progrès. Sauf que certains jours, on se rend bien compte que ça ne fonctionne pas. On a beau répéter inlassablement les 2 mêmes mesures, il est toujours techniquement impossible de les jouer correctement. On s’acharne, on fatigue, on s’énerve même parfois…

Pour finir frustrés en fin de journée, car malgré une session de travail plutôt longue, il n’en ressort aucun bénéfice. Le moral en prend un coup, de même que la motivation. L’exemple est pris sur une journée, mais il n’est pas rare de stagner pendant des jours, voir des semaines !

Sachez prendre une pause

Lorsque vous êtes dans ce genre de situation, arrêtez vous. Il y a toujours des limites au travail, et il faut savoir les reconnaître pour s’arrêter à temps (et pouvoir reprendre de plus belle). De la même manière qu’un sportif doit parfois ménager son corps, un musicien doit s’accorder des périodes de pause. Ça peut être 15mn entre 2 sessions de travail dans une journée ; mais il est également parfois nécessaire de s’arrêter plusieurs jours.

Je vais donner pour exemple un cas qui m’est arrivé plusieurs fois, et que vous aurez probablement remarqué également. Je travaille mon instrument tous les jours, plusieurs heures par jour. Je suis capable de rester des jours, voir des semaines, sur la même phrase technique que je n’arrive pas à passer correctement. Je commence par répéter très lentement, puis accélère progressivement jusqu’à un tempo souhaité. Seulement parfois, il m’arrive de stagner pendant des semaines sans être capable d’atteindre mon objectif.

Et là je me retrouve à partir en vacances, sans mon accordéon (c’est plutôt rare, mais ça arrive !). Une semaine au frais, à faire autre chose que de la musique ; oublier le travail et souffler quelques jours. Figurez vous qu’au retour de vacances, je reprends l’instrument et essaie à nouveau la même ligne technique : elle passe sans aucun problème !

Ça marche bien entendu avec tous les aspects musicaux : technique, idées pour l’improvisation jazz, … Le cerveau a besoin de respirer ! Si ça bloque, il vaut mieux parfois laisser le temps que d’essayer de passer en force. On souffle, on fait autre chose ; rien n’empêche de travailler un autre morceau, ou un autre aspect de la musique bien sûr. Bloqué techniquement ? Apprenez un nouveau morceau qui vous fait envie, plus simple ! Pas d’idée d’improvisation ? N’improvisez pas, travaillez une partition. Et parfois, sachez aussi ne pas faire de musique du tout.

Il faut garder en tête l’aspect ludique, même si le travail est régulier et planifié. Évitez à tout prix la frustration, c’est le pire ennemi du musicien.

Préférez la qualité à la quantité

Ici, on reste dans le même ordre d’idée. Le travail en lui-même ne vous aidera pas à progresser en tant que musicien. Il faut à tout prix que votre travail soit de qualité pour impacter votre jeu. Parfois, il vaut mieux consacrer 1h par jour à la musique en étant parfaitement concentré, que 4h de manière désordonnée.

Vous devriez également éviter de vouloir apprendre trop d’un coup ; en une journée, il est impossible de travailler 3 morceaux différents, repiquer un chorus entier et transposer 3 lignes dans toutes les tonalités. Quand on commence à travailler la musique de manière sérieuse, on se rend compte de la quantité de choses qu’on ne connait pas. Il y a tant à apprendre qu’on se sent dépassé, avec cette sensation de toujours essayer de rattraper un retard.

Je crois bien que c’est un sentiment qu’on aura toute notre vie en tant que musiciens. La musique se renouvelle en permanence, il est impossible « d’arriver au bout ». Tout nouvel apprentissage entraîne son lot de découvertes, et autant de nouvelles choses à travailler. Alors inutile de chercher à tout apprendre d’un coup ! Prendre le temps est essentiel, avancer pas à pas.

Il est indispensable de maîtriser ce qu’on travaille avant de passer à autre chose. On ne construit pas le toit d’une maison avant d’avoir bâti de solides fondations. C’est exactement le même principe lorsqu’il s’agit d’apprendre la musique (ou l’improvisation, par exemple).

Il n’y a pas de honte à ne travailler qu’une seule chose lors d’une session : une ligne particulièrement technique qui vous complique la vie, un concept théorique à assimiler, les accords d’un nouveau standard à repiquer, … Il est important en fin de journée d’être capable de savoir ce que vous avez travaillé, et pourquoi vous l’avez fait. En quoi le travail d’aujourd’hui vous permet-il d’être meilleur musicien qu’hier ? Sur quels points avez vous progressé ?

Si vous êtes capables de répondre à ces questions après votre session, c’est que vous avez bien travaillé, tout simplement.

Travaillez sur vos points faibles, et non sur vos points forts

Ça paraît évident dit comme ça, et pourtant..! Ne vous êtes jamais vous retrouvé en train de travailler des choses que vous connaissez pourtant déjà bien ? Et à l’inverse, vous savez très bien que vous ratez toujours la volée de double croches dans tel morceau… Mais ne les travaillez tout de même pas !

Sachez identifier les points faibles de votre jeu, et trouvez des solutions pour les travailler. Ne vous attardez pas sur ce que vous maîtrisez déjà ; en revanche, passez beaucoup plus de temps sur ce qui est encore compliqué. La tâche est plus laborieuse, mais c’est uniquement comme ça que vous progresserez réellement (et rapidement) !

Planifiez !

Fixez vous des objectifs à long terme

L’une des pires choses que vous pouvez faire en tant que musicien c’est de travailler pour travailler. C’est un phénomène que l’on constate très souvent chez les groupes de musique amateur par exemple. Les membres du groupe se réunissent à horaires fixes, toutes les semaines par exemple, pour une séance de répétition. Pendant 2h ils répètent les mêmes morceaux qu’ils ont déjà répété la semaine d’avant, et qu’ils répéteront à nouveau la semaine d’après. Si on prend des périodes assez longues de répétition, généralement on ne constate que peu de différences avant / après.

Je caricature et généralise, bien sûr, mais il y a bien une réalité derrière : on pense souvent que travailler = progresser. Sauf que pour travailler correctement, il faut un but, un objectif. Sinon, comment savoir quoi travailler ? Comment savoir comment le faire ? Ce serait un peu comme chercher une solution… Sans connaître le problème !

L’idée d’objectifs rejoint notamment l’idée de points faibles : sachez identifier ce qui fait défaut dans votre jeu, et que vous voudriez apprendre / améliorer. Fixer des objectifs à différents termes : sur le long terme par exemple, ça pourrait être d’être capable d’improviser correctement sur des standards de jazz manouche. En moyen terme, on pourrait se dire qu’il faudrait apprendre 10 standards en 6 mois, et travailler l’improvisation sur ces standards. À court terme, on choisira de commencer par Minor Swing, par exemple. Après quelques improvisations sur le morceau, on cherchera nos points faibles : s’agit-il d’une difficulté à improviser sur les accords mineur ? Un manque de vocabulaire et de lignes clichées du jazz manouche ? Est-on capable de jouer correctement avec le swing typique du style ?

Découpez le travail en petites tâches

Ici on rejoint la notion de qualité avant la quantité ; ne surchargez surtout pas vos séances de travail ! Si on revient à l’exemple précédent, avec Minor Swing. Mettons que je ne sache pas quoi jouer sur le premier accord, Am6 ; une piste pourrait être d’apprendre du vocabulaire jazz pour ce type d’accord. Mais cette tâche est encore trop vaste, on peut plutôt la voir comme un objectif à court terme.

Il faut réellement simplifier les tâches dont vous allez vous occuper une par une, s’assurer qu’on parle bien d’unité ; par exemple, « repiquer le plan de Django sur Am6 au début de son chorus sur Minor Swing ». Suivant votre niveau et vos habitudes, ça vous prendra entre quelques minutes et quelques heures. L’étape d’après pourrait être « travailler ce plan techniquement pour être capable de le jouer à la même vitesse que Django ». Ensuite, il pourrait être intéressant de « transposer ce plan dans toutes les tonalités afin d’enrichir le vocabulaire »…

… et ainsi de suite. Essayez toujours de vous placer à un niveau le plus petit possible, détaillez vraiment au maximum afin de bien vous concentrer sur des éléments simples.

Organisez votre environnement de travail

Ici, on ne parle pas de musique en tant que tel, mais un bon environnement de travail est indispensable à une bonne progression. Alors bien sûr, vous pourriez pratiquer votre instrument à peu près partout en théorie ; en revanche, rien ne remplace un environnement de travail adéquat, propice à la concentration !

Éloignez les distractions

Aujourd’hui, la pratique instrumentale est étroitement liée à l’utilisation d’internet. On l’utilise pour écouter et repiquer un nouveau morceau, trouver des partitions, apprendre la théorie musicale… Seulement, internet apporte également son lot de distractions comme abordé au tout début de cet article : mails, discussions facebook, vidéos Youtube suggérées, etc.. Autant d’éléments qui vous détourne de votre objectif du moment : travailler votre instrument et progresser !

Lorsque vous démarrez une session de répétition, il est essentiel de couper les distractions possibles : fermez les onglets facebook et mail, éloignez votre téléphone. Il est important de faire des pauses régulièrement, alors profitez de ces moments de pause pour répondre aux sollications (SMS, mail, facebook, …). Lorsque vous travaillez, le smartphone et les discussions électroniques doivent être bannis, tout simplement.

Essayez, et soyez sérieux sur ce point ; nos outils numériques nous interrompent vraiment très régulièrement, cassant complètement la concentration nécessaire à une bonne pratique instrumentale !

Trouvez un endroit au calme, et d’où on ne vous entend pas

Au calme, ça coule de source : si il y a du bruit autour de vous, vous serez forcément distraits et moins attentif à ce que vous êtes en train de faire.

D’où on ne vous entends pas, c’est parfois moins évident. Mais vous aurez sûrement remarqué qu’on ne travaille pas du tout de la même manière lorsqu’on se sait écouté, du moins au début. Aujourd’hui c’est quelque chose qui ne me dérange plus, car j’arrive à me mettre dans ma bulle lorsque je travaille. Mais pendant de nombreuses années, j’étais incapable de travailler mon instrument si je me savais entendu.

Les exercices en musique peuvent souvent être très répétitifs, plutôt agaçants à l’oreille et avouons le… Désagréables pour un public ! Mais ce sont des exercices, ils n’ont pas vocation à être agréable ou jolis. Seulement, lorsqu’on se sait écouter, une sorte de peur du jugement rentre en compte ; on se retrouve à travailler des exercices qui ne dérangeront pas notre public par défaut. À éviter de bosser tel point technique qu’on ne maîtrise pas, pour ne pas déranger l’oreille…

Alors que comme nous l’avons dit, c’est tout l’inverse qu’il faudrait faire ! Essayez donc tant que possible de travailler dans un environnement où on ne vous entend pas pour éviter ce soucis. 😉

La technique Pomodoro appliquée à la pratique instrumentale

La technique Pomodoro est une méthode de travail, s’attachant à augmenter l’efficacité et la productivité. Elle est conçue sur le principe de diviser un plus grand projet en petites tâches, facilement réalisables. On ne s’occupe que d’une tâche à la fois, dans une durée de temps définie et sans interruption. Si vous avez lu attentivement le reste de l’article, vous comprendrez facilement pourquoi j’aborde cette méthode de travail ici… Qui s’applique parfaitement pour une pratique instrumentale régulière !

La technique Pomodoro est assez simple ; vous commencez tout d’abord par définir une liste de tâches à réaliser. Dans mon cas par exemple, j’écris cette liste soit la veille au soir, soit le matin avant de démarrer le travail (toujours en fonction de mes objectifs du moment). Attention : chaque tâche doit réellement être très spécifique, dans notre cas par exemple « Travaillez UNE ligne dans toutes les tonalités », « Apprendre la grille de Sweet Georgia Brown« , etc…

Commence ensuite notre routine à base de technique Pomodoro :

  • Choisir une tâche à réaliser
  • Régler un minuteur sur 25mn : c’est le temps que vous allez utiliser pour travailler sur la tâche choisie, sans interruption. Ce dernier point est crucial : pour que la technique soit efficace, et la tâche validée, vous ne devez pas être interrompu ! Si une idée vous vient en tête sur autre chose, notez la et reprenez le travail sur la tâche actuelle. Si vous êtes dérangés d’une autre manière et que vous devez vous arrêter (on sonne à la porte, par ex), vous devrez reprendre la tâche au début (de nouveau 25mn)
  • Lorsque le minuteur arrive à expiration, arrêtez vous de travailler et faîtes une pause de 5mn
  • Recommencez à nouveau
  • Au bout de 4 itérations (soit 2 heures), prenez une pause plus longue : entre 15 et 30 minutes suivant vos besoins

L’avantage de ce genre de méthode est qu’elle vous donne un cadre. Il ne s’agit plus simplement de se dire « je dois travailler et éviter les distractions », il y a un contexte figé que vous devez respecter. 25mn, 5mn de pause, 25mn, 5mn de pause, … Vous êtes régulés ! L’utilisation du minuteur est également quelque chose de très important dans la méthode. Il ne s’agit pas de regarder l’heure, et faire « à peu près » ; le minuteur en sonnant vous oblige à réellement respecter les contraintes de temps.

Essayez cette technique, et vous vous rendrez compte que vous serez beaucoup plus efficace !

En conclusion

Cet article est plutôt long, et peut-être un peu fouilli, mais j’espère qu’il vous permettra de gagner en efficacité de travailler de manière plus productive. S’il ne fallait retenir que 2 éléments, à mon sens ce serait les suivants : privilégiez la qualité à la quantité, et évitez toute distraction. C’est vraiment essentiel !

N’hésitez pas à commenter pour me dire dans quelle mesure ces conseils vous ont aidé, et si vous pensez à d’autres idées pour travailler efficacement.

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1 commentaire

  1. Bonjour
    Accordéoniste amateur , je vous remercie pour vos précieux conseils il est vrai que l’on a tendance à vouloir aller trop vite pour travailler un passage difficile .
    J’ai beaucoup de difficultés pour jouer en triolet sur certains morceaux tel que la bougnate , la romance de Paris ou la fille de Dolores par contre avec brise napolitaine
    ça fonctionne .Pouvez vous me conseiller pour appréhender au mieux les triolet de croches.
    Je vous remercie
    Jean Claude

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