Comment apprendre l’improvisation jazz ?

Comment apprendre l’improvisation jazz ?
Temps de lecture estimé : 11 mn

Vous pratiquez la musique depuis plusieurs années, possédez un bagage technique correct, et aimeriez maintenant apprendre l’improvisation. Que vous soyez pianiste, saxophoniste, guitariste ou encore accordéoniste, le jazz est la musique de référence quand il s’agit d’improviser. Seulement, l’univers du jazz (et de l’improvisation) est tellement vaste qu’il est facile de s’y perdre. C’est un peu comme un labyrinthe, dont on n’aurait même pas la porte d’entrée…

Ne vous inquiétez pas, la plupart des musiciens professionnels sont passés par là. Pour être complètement honnête, le travail ne s’arrête jamais vraiment. Même après des années de pratique de l’improvisation, il reste des sonorités à découvrir, des pistes à explorer et de nouvelles idées à développer. Toujours est-il qu’un point de départ peut aider lorsque l’on débute. On peut très bien tâtonner, essayer des choses, et c’est d’ailleurs une très bonne manière de faire. Toutefois, on a aujourd’hui (notamment grâce à internet), un certain nombre de ressources qui permettent de guider les improvisateurs débutants.

Vous trouverez dans cet article quelques pistes pour vous lancer dans l’improvisation jazz, et créer vos propres plans de travail. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser en commentaire. Bonne lecture !

Introduction : un peu d’histoire

Avant de plonger dans l’apprentissage de l’improvisation jazz, voyons un peu comment on pouvait s’y prendre à l’époque. Aujourd’hui, l’informatique et internet se sont développés considérablement, nous fournissant énormément de ressources, pour la plupart de qualité d’ailleurs. On ne compte plus le nombre de sites vous proposant d’apprendre l’improvisation à la guitare, de chaînes youtube avec des leçons de piano, et de plateformes diverses pour tous les instruments.

On peut aussi très facilement accéder à un nombre d’albums et d’enregistrements quasi-illimité sur les plateformes de streaming, ou en téléchargement. Grâce aux logiciels, il est désormais possible de ralentir nos fichiers audio pour mieux transcrire les notes et accords, voir même parfois changer la tonalité du morceau sans dégradation audio.

Pourtant, à l’époque de Duke Ellington ou Charlie Parker, tout ceci n’était pas possible. Ces grands du jazz n’ont jamais suivi de tutorial sur l’improvisation jazz, ni même ralenti une vidéo sur Youtube pour transcrire un chorus ! Ils n’avaient pas non plus de realbook, écrit plus tard pour sauvegarder sur papier les thèmes des morceaux devenus aujourd’hui les plus grands standards du jazz.

Tous ces grands musiciens de jazz ont appris l’improvisation à la « manière dure », en repiquant inlassablement les enregistrements de ceux qui les ont précédé. Le ralenti n’étant pas possible à l’époque, il fallait repasser en boucle les mêmes mesures, et décortiquer à l’oreille tout ce qui se passait (notes du chorus, accords de la grille, …). Un travail long et fastidieux, mais qui porte ses fruits !

Le fait d’avoir autant de ressources à disposition aujourd’hui est une bonne chose, car elles peuvent aider. Ce ne sont en revanche pas des solutions clefs en main, et il faut parfois savoir les ignorer pour se concentrer sur la chose primordiale : la musique. Il est essentiel de transcrire directement depuis les enregistrements audios, plutôt que d’apprendre un solo depuis un fakebook. Faire des boeufs avec d’autres musiciens est bien plus enrichissant que de jouer par dessus un backing track.

En gardant ceci en tête, vous pouvez (et devez) profiter des ressources à disposition. Rien ne vous empêche par exemple de comparer la grille que vous avez repiqué avec celle présente dans le realbook. Attention, ces derniers contiennent aussi parfois des erreurs. 😉 L’essentiel à retenir en tout cas : utilisez votre oreille avant tout !

L’apprentissage de l’improvisation jazz peut se résumer en deux points : apprendre et comprendre ce qui a été fait avant, pour ensuite développer vos propres idées. Pas si compliqué finalement ?

Écouter du jazz est un vrai travail

Pour commencer, vous devez considérer l’écoute du jazz comme une vraie partie de votre travail sur l’improvisation. C’est même en réalité l’une des parties les plus importantes, au même titre que la pratique de votre instrument ! Et pourtant, nombreux sont ceux qui négligent ce point.

L’avantage de l’écoute, c’est que vous pouvez aujourd’hui le faire partout, et profiter de chaque temps mort ! Dans les transports, pendant que vous cuisinez, avant de vous coucher… Même si vous n’avez pas beaucoup de temps pour pratiquer, écouter du jazz dès que possible va forger votre oreille et votre cerveau. C’est une étape très facile à mettre en place, et qui produit réellement d’excellents résultats.

L’autre étape quand on parle d’écoute, consiste à allouer du temps juste pour écouter activement. Quand vous faîtes de l’écoute active, vous vous concentrez uniquement sur la musique. Cette fois, plus question de musique de fond pendant que vous faîtes autre chose ! Ce temps est dédié à l’écoute d’un (ou plusieurs) morceau(x). Vous devez vous forcer à essayer de comprendre ce qui se passe, comme par exemple repérer la structure (AABA ?), identifier le thème et le garder en tête, compter le nombre de mesures par grille, etc. Vous pouvez aussi concentrer votre attention sur un instrument à la fois, pour repérer les intentions ou chemins que le bassiste emprunte par exemple.

C’est une très bonne chose à faire quand par exemple vous prévoyez de travailler un nouveau standard. Choisissez une version qui vous plaît, et dédiez 30mn à son écoute. Faîtes le jouer en boucle, en vous concentrant sur des choses différentes à chaque fois. Sans rien noter sur le papier, essayez de comprendre les mécanismes du morceau, ce qu’il s’y passe, les choix d’arrangements, … Vous pouvez même faire ça pendant plusieurs jours d’affilée, avant de commencer le réel travail de repiquage. Ce dernier en sera d’autant plus facile, car vous aurez déjà le morceau bien en tête.


  • Écoutez du jazz le plus souvent possible : au travail, en cuisine, dans les transports…
  • Dans votre routine de travail, intégrez des espaces de temps dédiés uniquement à l’écoute

Comprendre ce qu’est réellement l’improvisation

L’improvisation est une forme de composition instantanée ; le musicien improvisateur se laisse guider par ses émotions et ressentis, aboutissant à la création d’une musique unique sur le moment. On croit fréquemment que tout est fait à l’instant T, ce qui n’est pas complètement vrai.

Pour devenir un bon improvisateur, il faut une dose de travail très conséquente. Ce sont des heures et des heures de pratique, de travail « scolaire », qui permettent ensuite d’improviser de manière fluide en jazz. Et surtout, on ne recommence pas tout à zéro à chaque improvisation. Il n’est pas rare pour n’importe quel musicien de ré-utiliser des plans, ou au moins des concepts, dans plusieurs de ses improvisations. C’est même la base de l’improvisation.

Forcez vous à écouter un artiste en particulier, et de saisir les détails de son jeu sur plusieurs improvisations différentes. Vous verrez qu’on retrouve régulièrement des idées communes, des couleurs, des manières de dérouler un arpège, …

L’improvisation, c’est le compromis entre savoir et lâcher prise. Beaucoup de connaissances sont nécessaires lors du travail de préparation et répétition en amont : harmonie, rythme, langage jazz, … Tout ce travail a pour but d’amener le musicien à se laisser guider lors des représentations. En effet, la musique ne doit pas être quelque chose d’intellectuel, mais de ressenti. Une bonne improvisation c’est donc bien quelque chose « sur le moment », mais qui est impossible sans un travail préparatoire très conséquent.


  • L’importance du travail de préparation dans l’improvisation jazz
  • La différence entre jouer du jazz, et travailler le jazz

Comprendre comment travailler l’improvisation jazz

Apprendre l’improvisation jazz n’est pas un processus linéaire. Contrairement à un travail technique sur l’instrument, on peut difficilement établir un plan très structuré. En effet, on peut plutôt voir ça comme un schéma cyclique, où l’on revient en permanence sur les concepts de base lorsqu’on progresse.

Imaginons que vous ayez des difficultés à jouer des phrases sur un accord de 7e de dominante. Vous allez peut-être apprendre quelques éléments de langage, quelques licks, que vous utiliserez pendant quelque mois. Sauf qu’un jour vous rencontrerez un morceau où les éléments en question ne fonctionnent pas ; l’accord n’a pas la même place au sein de l’harmonie, l’ambiance du morceau est différente, vous trouvez que ça ne « sonne » pas bien.. Les raisons peuvent être nombreuses.

Entre temps, vous aurez aussi progressé et compris de nouveaux concepts, acquis de nouveaux automatismes. Il sera alors nécessaire de revoir votre conception des accords 7e de dominante, en intégrant vos nouvelles connaissances (sans forcément pour autant complètement oublier vos anciennes phrases !).

Il est très facile de se décourager lorsqu’on entreprend d’apprendre l’improvisation jazz. Le chemin est long, et même sans fin ; même les plus grands improvisateurs continuent de travailler, d’apprendre et d’enrichir leur langage. Comme le dirait l’adage, l’important ici est bien la voie empruntée et non la destination finale !


  • On revient toujours sur les mêmes concepts
  • Ne pas se décourager !

Apprendre la théorie jazz

La plupart des débutants en improvisation jazz commencent par apprendre un maximum de théorie musicale. Ils ouvrent un livre (ou lisent des tutoriels sur internet), et découvrent les notions de gammes, de modes, d’arpèges… Souvent, ils pratiquent également pendant un certain temps des exercices répétitifs, essayant de transformer en musique ces connaissances théoriques.

Sauf qu’une fois en contexte, lorsqu’il s’agit de réellement improviser, ils se retrouvent bien souvent perdus. Dans l’action, il est bien compliqué de penser à quelle gamme jouer sur quel accord, ou quelle superposition d’arpèges pourrait fonctionner à cet endroit. Pire encore, l’improvisation se retrouve complètement détaché de la musique en elle-même, et se pense en terme de mots clefs théoriques.

La théorie est une bonne chose évidemment, et est même nécessaire pour progresser MAIS… dans une certaine mesure ! Elle pourra vous aider à franchir certains caps, à éclaircir certains concepts ou à donner parfois de nouvelles idées. Elle ne peut en aucun cas se substituer à l’élément premier : la musique, le son en lui même.

Avant de se lancer à corps perdu dans des concepts théoriques, il faut à tout prix que l’improvisateur débutant prennent ses repères de manières « orale ». Il est inutile, à mon sens, de connaître toutes les gammes majeures sur son instrument si l’on n’en reconnait pas la couleur dans une improvisation. Il ne sert à rien de jouer la gamme de Do majeur sur un accord de degré 1, si on ne sait pas pourquoi on le fait en terme de sonorité.

Des musiques telles que le jazz ou le jazz manouche ont une tradition de partage orale. Nombre de grands musiciens n’ont pas de connaissance théoriques, et pourtant improvisent parfaitement. La raison en est simple : le son et la pratique avant tout ! Je ne dis pas d’oublier la théorie, loin de là ; mais il faut veiller à s’en servir avec parcimonie, et à l’utiliser à bon escient.

Lorsque vous débutez l’improvisation jazz, il est conseillé d’apprendre le strict minimum en terme de théorie. Commencez par connaître les 4 principaux types d’accords jazz (majeur 7, mineur 7, 7e dominant, semi-diminué), et comment ils sont construits. De là, vous pourrez également réfléchir à l’articulation entre ces accords et à la notion de tonalité, ainsi qu’aux enchaînements d’accords classiques dans le jazz (ii V I, par exemple). Et ça suffit !

Jouez vos premières improvisations simplement avec ces connaissances, prenez goût à la liberté offerte par l’improvisation puis seulement ensuite vous pourrez enrichir vos connaissances théoriques.


  • La théorie n’est qu’un aspect de l’improvisation
  • Débutez en apprenant le minimum nécessaire, et concentrez vous sur la pratique

Faire des exercices d’oreille

C’est l’un des aspects les plus souvent oubliés par les musiciens improvisateurs, et pourtant l’un des plus importants ! Il est indispensable d’entraîner votre oreille régulièrement lorsque vous travaillez l’improvisation jazz.

Même si vous avez déjà de solides connaissances théoriques par exemple, il est très important de les relier à la musique et au son en tant que tel. Rien ne sert de connaître la composition d’un accord majeur 7, si vous n’êtes pas capables de le reconnaître dans un standard de jazz.

Votre oreille vous servira tout le temps : lorsqu’il s’agit de transcrire un nouveau morceau, une nouvelle phrase. Mais aussi lorsque vous êtes confrontés à un morceau inconnu, par exemple en jam session. Elle sera utile également pour repérer les renversements ou substitutions d’accords de vos accompagnateurs, pour suivre la ligne de basse et s’en inspirer, etc.

Comme pour le reste du travail d’improvisation, commencez par des choses simples et basiques. Dans un premier temps, apprendre à reconnaître les différentes couleurs d’accords (majeur, mineur, 7e…) vous fera progresser de manière significative. Vous pourrez ensuite vous diriger vers des concepts plus évolués.

L’avantage des exercices d’oreille est que vous n’avez pas besoin de votre instrument pour pratiquer. Profitez des temps « morts », lorsque vous êtes dans les transports ou que vous cuisinez par exemple, pour travailler votre oreille. Lancez de la musique et essayer de déterminer les couleurs d’accords que vous entendez, entraîner vous à suivre une grille harmonique tout en gardant une oreille sur le solo, etc.. Vous découvrirez rapidement que vous pouvez rajouter des heures de travail facilement, sans forcément être à la maison !


  • Entrainer son oreille est aussi important que le travail sur l’instrument
  • Vous pouvez faire des exercices n’importe où, profitez-en !

Apprendre des standards de jazz

En jazz comme dans les autres musiques improvisées, de nombreuses choses ont déjà été faites. Lorsque vous débutez en improvisation, rien ne sert de chercher à réinventer la roue. Commencez par assimiler ce qui existe déjà, et vous plonger dans la culture musicale que vous cherchez à obtenir. Vous construire un répertoire de standards de jazz est indispensable à une bonne progression.

Vous serez confrontés aux standards en permanence : lors de vos concerts, en jam session, lors de votre pratique instrumentale quotidienne… Ils vous apprendront de nombreux concepts, tant mélodiques qu’harmoniques. Parfois, il est plus intéressant de travailler en profondeur le thème d’un standard qu’une improvisation.

Les standards sont en effet la base de toute la musique jazz ; ils contiennent en leur sein une richesse d’informations (harmoniques, rythmiques, mélodiques), nécessaire à tout bon improvisateur. Vous remarquerez également que des structures particulières se détachent (les ii V I, par exemple), qui vous permettront de plus facilement vous adapter à de nouveaux morceaux.

Bien sûr, ne vous laissez pas tenter en allant directement voir la partition ou le realbook ! Au contraire, profitez-en pour entraîner votre oreille et transcrire directement depuis l’enregistrement. Le processus sera certes plus long et challengeant, mais vous en retirerez bien plus de bénéfices. Pour se faire, je vous conseille fortement de vous aider d’un logiciel tel que Transcribe! ; je l’utilise moi-même depuis plusieurs années, et le travail s’en trouve grandement facilité (ralentissement du tempo, boucles, etc.).


  • Apprenez des standards de jazz, qui vous permettront de construire un répertoire conséquent
  • Transcrivez directement depuis l’enregistrement au lieu de lire la partition

Rester motivé et travailler régulièrement

Dans l’apprentissage de l’improvisation jazz, l’essentiel est de rester motivé sur le long terme. En effet, vous constaterez que certaines périodes sont propices à de fulgurantes améliorations, tandis que d’autres peuvent être particulièrement frustrantes. On a parfois l’impression de stagner, voir de régresser, pendant des jours ou des semaines : c’est NORMAL.

Apprendre à improviser est un long processus, comme nous l’avons déjà dit. Néanmoins, vous pouvez considérer que tout le travail fourni vous sera utile. Même si vous ne voyez pas les résultats directement, ils sont tout de même bien présents dans votre jeu.

La régularité est également indispensable à une bonne progression. Il est inutile, voir contre productif, de travailler 6 heures d’affilée pendant une journée puis ne plus toucher à l’instrument pendant une semaine. Au contraire, privilégiez de courtes sessions de travail où vous pouvez être réellement concentrés. Dans l’idéal, vous devriez travailler l’improvisation tous les jours, même si ce n’est que 30mn. Vous ferez bien plus de progrès comme ça !


  • L’apprentissage de l’improvisation jazz est long, restez motivés !
  • Travaillez régulièrement en petites sessions, plutôt que de manière dispersée

En conclusion

Apprendre l’improvisation jazz est un long processus, qui vous demandera probablement des années de travail avant d’être vraiment gratifiant. Néanmoins c’est à la portée de tout musicien, l’essentiel restant la motivation. Commencez simple, et évoluez au fur et à mesure vers des concepts plus évolués. Appréciez le fait de travailler, sans forcément rechercher des résultats précis et fulgurants.

Bon courage !

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